I Want To Believe
I Want To Believe
Film: Full Tunes Production et Jean-louis Decoster
Musique: Thomas Richard
I Want To Believe
Blancbec peint depuis 23 ans. Il ne renonce ni au fond, ni à la forme de son travail :
il essaye une nouvelle technique.
Ici comme dans les compositions monumentales à la bombe aérosol, on retrouve son « écriture » géométrique, des couleurs éclatantes et une exécution impeccable.
Il y a encore les valeurs narratives et ludiques, des détails à découvrir si on regarde bien et son lot de références évidentes ou savantes interprétées avec une grande latitude.
Tout le monde reconnaît Goldorak.
Mais, seuls les aficionados des séries américaines des années ‘90 comprennent qu’I want to believe est la formule imprimée sur le poster visible au-dessus du bureau de Fox Mulder, l’agent du FBI asocial, parano, complotiste et vedette d’X-Files - Aux frontières du réel.
L’affiche montre aussi une soucoupe volante qui est par ailleurs un des véhicules qu’emprunte le personnage central du film d’animation présenté « en première » à La Centrale et qui sert de matrice à toute l’exposition.
Avec I want to believe, Blancbec nous parle de lui voici quelques années quand il s’appelait VEKS. Il aurait alors sans doute volontiers voyagé dans le premier vaisseau intergalactique venu – fût-il conduit par un Alien tout vert au large sourire - pour s’échapper de la « maison » plutôt que sauté par la fenêtre de sa chambre d’adolescent.
A l’époque, la téléportation des corps humains était encore balbutiante et la réception au sol n’était pas garantie « sans heurts ».
Mais à cet âge, on se relève bien vite pour « aller faire » un train ou quelques graffitis vandales. Une fois debout, notre intrépide héros peut se couvrir les oreilles d’un walkman et se précipiter vers son vélomoteur garé juste à côté d’une fleur à face de pilule. Sans doute, le mélange huile/essence qui alimente le petit moteur 2-temps est-il trop riche : le pot d’échappement crache une large flamme jaune et rouge carbonisant la végétation déjà très rare.
Trop de bruit : cela réveille Goldorak. Trop vite : au premier obstacle - une canette de Carapils négligemment abandonnée sur la chaussée - voilà la mobylette « partie en wheeling » sans que son pilote puisse éviter le robot géant d’Aktarus qui vole en éclats lesquels retombent bien rangés à la manière d’un puzzle cube mal rangé.
« Comme toujours dans mon travail, il y a une histoire et des symboles, explique Blancbec. Goldorak, c’est l’autorité parental : elle éclate.
C’est aussi le symbole du passage vers l’âge adulte ou celui de l’enfance qui est toujours là. L’histoire a une suite que le film ne dévoile pas : mon héros va effectivement s’attaquer à un train et puis à un autre. Et comme beaucoup de graffeurs, il se fait ‘serrer’, l’occasion de réorienter son envie de peindre vers des pratiques moins prohibées. »
Pierre Henrion
Photos: Jules Césure